You only see what your eyes want to see
How can life be
What you want it to be ?

Madonna, Frozen

 

La porte métallique s’ouvre sur une sorte de véranda, dont le verre semble couvert de buée. On entrevoit à peine une ville, en pleine nuit. Lorsque tu te penches pour mieux voir, tu te sens passer au travers de la vitre, sans qu’elle t’oppose la moindre résistance.

Tu te retrouves sur le toit d’un immeuble, dans une ville inconnue. Tu reconnais le panorama de la véranda. Tu regardes derrière toi : aucune trace de la porte, ni de la baie vitrée. Juste un amoncellement de ferraille rouillée, et le dos d’un panneau publicitaire mal éclairé. Les immeubles scintillent tristement dans l’obscurité. Il pleut légèrement, et un vent glacé fouette ton visage par intermittence. Un hélicoptère tourne un peu plus loin, et parcourt du faisceau de son projecteur les avenues presque désertes.

A la lueur des vieux spots, tu aperçois un homme qui te tourne le dos, à l’autre bout du toit. Il porte un long imperméable noir. Avant que tu aies dit un mot, et sans qu’il se retourne, tu entends sa voix grave s’élever par-dessus le vent et la pluie fine.

Ses mains se sont croisées dans son dos. Elles se serrent. Il regarde à gauche, puis à droite. Tu gardes le silence.

Il inspire profondément.

D’un mouvement vague, il te désigne une porte rouillée entrouverte. Tu ne bouges pas.

Il se penche par-dessus le parapet de béton.

L’homme se retourne vivement. Il doit avoir une quarantaine d’années, bien que tu ne parviennes à confirmer cette impression.

Il s’interrompt, guettant chez toi une réaction. Il reprend :

Une pause. D’un coup de menton, il désigne l’hélicoptère, qui tourne toujours au-dessus de vos têtes et du quartier assoupi.

Il observe une pause, visiblement en mémoire de ses confrères tombés au combat. Il poursuit :

L’hélicoptère, qui s’était éloigné un instant, revient vers vous. Le faisceau aveuglant balaye le toit l’espace d’une seconde. L’homme se tait. Il se tourne vers l’insecte métallique, et serre les poings. Les spots du panneau publicitaire grésillent légèrement, et leur intensité diminue. Au même moment, un arc électrique parcourt le rotor, qui explose immédiatement. La carcasse en flammes tombe en tournoyant entre les immeubles. Elle finit sa course sur un petit parc désert, dans une boule de feu et de fumée. Plus rien ne bouge, hormis les flammes qui dévorent les restes de l’appareil et de ses occupants.

Un temps.